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Le thon rouge de Méditerranée

Thon rouge de méditéranée

L’espèce est, sinon en voie de disparition, au moins en danger. La surpêche est évidente depuis une trentaine d’années. En cause l’engouement des japonais pour sa chair ferme qui convient à merveille pour la confection des sushis. La consommation européenne est anecdotique par rapport aux milliers de tonnes par an exportées vers le pays du soleil levant.

D’après les experts de tous bords, les stocks seront épuisés d’ici cinq ans. Le secteur économique de la pêche, argument massue des défenseurs de cette activité, disparaitra avec l’espèce de toute façon.
En 2011, le quota mondial a été divisé par trois avec 12 500 tonnes. Pour la France, le quota est encore plus réduit. Nous avons surpêché depuis 2007 et la profession doit rembourser ses dépassements de quotas. Les neufs bateaux français se sont partagés 600 tonnes en 2011. Une flotte qui fond au rythme de la disparition des poissons :  trente six thoniers français en 2005 pour neuf actuellement. Les organismes régulateurs ont échoué à mettre en place des mesures de sauvegarde de l’espèce.

Une solution simple existe pourtant. Cette espèce a un cycle de reproduction relativement court. Les poissons atteignent leur maturité sexuelle à l’âge de quatre ans pour le thon de l’Atlantique Est et huit ans pour celui de l’Atlantique Ouest. Les thons reviennent sur les mêmes zones de reproduction et les femelles pondent une fois tous les deux ou trois ans. Fort de ces connaissances, les experts biologistes ont proposé une mesure radicale qui permettrait de reconstituer très rapidement la ressource : interdire totalement la pêche pendant cinq ans. L’activité pourrait reprendre ensuite.

Le problème est politique. Une mesure d’interdiction serait très impopulaire auprès des métiers de la pêche, donc anti-électorale. Les bénéfices d’une telle interdiction seraient perceptibles à une échéance de cinq années et profiteraient, non pas aux hommes politiques qui l’ont prise, mais… à leurs successeurs. Donc, plus simple encore, on ne fait rien et on attend qu’il n’y ait plus de poissons…

Encore une fois, ce sont aux consommateurs que nous sommes d’agir. Nous pouvons protéger le thon rouge en cessant d’en manger. Mais la vraie solution est détenue avant tout par les consommateurs nippons. A eux de choisir : profiter des derniers spécimens de l’espèce pendant environ cinq ans avant la pénurie ou interrompre leur consommation pendant la même période pour en retrouver le plaisir ensuite.