Un éco-score lancé par des acteurs de l’alimentation pour mieux informer les consommateurs

L'éco score, une mesure de première nécessité

En France, une nouvelle étiquette environnementale sera affichée sur les produits agricoles et alimentaires d’ici la fin de l’année 2021. Cette mesure, qui s’inscrit dans le cadre de la loi relative à l’économie circulaire, vise à mieux informer les consommateurs sur l’impact environnemental des produits qu’ils achètent. Plusieurs associations dénoncent aujourd’hui la méthode utilisée pour calculer cet éco-score.

Le 14 décembre dernier, Emmanuel Macron s’est réuni avec les membres de la Convention citoyenne pour le climat pour faire un point sur leurs propositions. Suite à ces échanges, le président avait déclaré dans un tweet qu’il était favorable à un « score carbone » pour évaluer l’impact environnemental des produits. Il a aussi proposé de « créer ensemble » le Yuka du carbone ». En effet, les membres de la Convention citoyenne pour le climat souhaitent rendre obligatoire l’affichage d’une note environnementale sur les produits.

Une dizaine d’acteurs de l’alimentation, parmi lesquels Yuka, Open Food Facts, Marmiton ou le site d’épicerie en ligne La Fourche, ont annoncé jeudi 7 janvier 2021 le lancement d’un « éco-score » indépendant, pour guider les consommateurs dans leurs choix alimentaires. À la façon du Nutri-score, qui renseigne sur l’impact santé des aliments, l’Eco-score présente une note de A (pour les produits à l’empreinte environnementale la plus faible) à E (pour ceux ayant le plus fort impact), et un code couleur du vert au rouge.

Concrètement, cet « éco-score » indépendant prendra en compte l’analyse du cycle de vie du produit, l’extraction des matières premières à leur acheminement, en passant par leur transformation, la fabrication, le stockage, le transport, la distribution, la consommation et le traitement une fois le produit envoyé à la poubelle ou au recyclage. L’Eco-score est une initiative privée, il se base sur la base de données Agribalyse de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). De la brique de lait à la barre chocolatée, 2.500 produits alimentaires y sont analysés.

L’éco-score trop favorable à l’élevage industriel et intensif

L’annonce des neuf organisations intervient alors que le gouvernement doit lancer, dans le cadre de la loi d’économie circulaire, son propre éco-score. Ce dernier, qui doit être rendu public fin 2021 fait d’ores et déjà l’objet de nombreuses critiques. En décembre dernier, des associations écologistes et de consommateurs avaient estimé que ces données risquaient de « favoriser » l’agriculture intensive. L’UFC-Que Choisir a averti que la « méthode envisagée » pour servir de base à cet éco-score « ne prenait pas correctement en compte les atteintes à la biodiversité et l’impact des pesticides ». Selon l’ONG, « les impacts environnementaux » calculés à partir de la base de données agricoles Agribalyse, sont « erronés car incomplets ». En effet, cet éco-score se fonde sur des calculs se référant essentiellement au rendement : plus une poule va pondre d’œufs tout en consommant moins d’aliments et en occupant moins de place, mieux le produit sera noté. De même un poulet qui a été rapidement abattu face à un poulet à croissance lente élevée en plein air, qui, ayant vécu plus longtemps, et consommé plus de ressource, écope d’une mauvaise note.

Du côté du gouvernement, le discours se veut rassurant. Contacté par le quotidien Reporterre, le Ministère de la Transition écologique explique que « L’Andeme et L’Inrae précisent bien que ces données ne rendent pas compte du bénéfice des pratiques culturales ou l’élevage extensive. » Les limites de la méthode semblent donc bien connues du ministère, qui rappelle que celle-ci relève d’une expérimentation en cours qui vise justement à améliorer le mode de calcul. Un bilan sera tiré de ces expérimentations et transmis au Parlement d’ici à la fin de l’été, précise-t-on au ministère de la Transition écologique. La méthode retenue ne sera connue qu’à la fin du processus d’expérimentation prévu en octobre 2021.

En attendant pour exposer ces préoccupations, un courrier aux ministères de la Transition écologique et de l’Agriculture, ainsi qu’a l’Ademe et à l’Inrae, a été envoyé en novembre. Les associations demandent le retrait des données trompeuses d’Agribalyse, et le report du calendrier de l’éco-score afin que la méthode soit complétée.