Du vin bio et des bouteilles consignées

Bouteilles de vins bio

Oé, une start-up lyonnaise de vins bio, végane et sans pesticides a relancé la consigne des bouteilles en verre. Une première dans le monde du vin en France. Entretien avec Thomas Lemasle, cofondateur de Oé.

Pourriez-vous nous présenter Oé ?

Oé, c’est deux lettres (“O” pour œnologie) comme un signe de ralliement vers une nouvelle manière de consommer du vin au quotidien (“E” pour engagement). Oé c’est aussi la marque de vin bio engagée, on travaille main dans la main avec des viticulteurs de toute la France. L’idée ? Proposer des vins bio, végan et avec zéro pesticide. Depuis 2017, nous sommes certifiés B Corp, le label des entreprises qui veulent faire le bien commun. Et tout ça se traduit par une multitude d’actions que nous mettons en place avec toute l’équipe. Comme par exemple : proposer du vin engagé – du contenu au contenant – et produit avec amour par les vignerons Oé ; la mise en place de la consigne dans certains de nos points de vente partenaires, des emballages recyclés et recyclables, et une logistique qui tend vers le zéro déchet !”

Les vins bio ont une place très importante dans les rayons. D’après une étude de IWSR pour SudVinBio et Millésime Bio, les ventes de vin bio dans l’Hexagone sont censées doubler d’ici 2022. Une mode ou une révolution ?

Non, c’est loin d’être une mode, mais une très grosse évolution. La consigne, c’est une plus forte révolution que le passage en bio. De plus, on voit que de plus en plus de vignerons passent en bio et que ça fait énormément de sens pour eux. C’est bien pour la biodiversité et les vins sont meilleurs. Il y a beaucoup d’avantages à ça donc en avant les vins bio ! “

Alors, qu’est-ce qu’un vin issu de l’agriculture biologique, et quelle comparaison peut-on faire avec un vin traditionnel ?

Un vin issu de l’agriculture biologique, aura des intrants traditionnels et beaucoup moins de sulfites. De ce fait il va refléter plus fortement son terroir : il n’aura pas été “modifié” ou altéré par des éléments extérieurs. Le travail du vigneron sera beaucoup plus fort, beaucoup plus présent et plus engagé. Tandis que dans les vins qu’on dit conventionnels, on retrouve des intrants chimiques, des pesticides, des herbicides et des insecticides. Le vin consomme énormément de pesticides : les vignes représentent 4% de l’agriculture et 20 % des pesticides. Peu de vignerons nettoient le raisin avant d’en faire du vin. Tout cela se retrouve dans la qualité du produit. D’ailleurs, des études à l’aveugle montrent bien que les vins biologiques sont plus appréciés des consommateurs que les vins dits conventionnels.”

Le vin bio a été longtemps pointé du doigt pour son manque de qualité. Comment distingue t-on un bon vin bio et y a-t’il des différences dans la dégustation ? Les cépages du bio sont-ils différents ?

Un bon vin bio, c’est un vin qui fait plaisir à boire. On le distingue grâce à sa saveur, car il provient directement de la vigne. Un sol naturel qui limite au maximum les produits chimiques aura logiquement tendance à permettre au vin d’exprimer toutes ses saveurs. Les cépages quant à eux ne sont pas différents, ils dépendent plutôt des recommandations faites par les appellations. Donc qu’ils soient bio ou conventionnels les cépages restent les mêmes.”

En quoi le vin bio est meilleur pour la santé ?

Le vin bio est meilleur pour la santé de deux manières. Premièrement, il contient beaucoup moins de pesticides, engrais et OGM, qu’un vin conventionnel. Il subit également moins d’ajouts de soufre et de sucre. Deuxièmement, il est plus respectueux de la biodiversité et pour la santé. Et ce qui aussi important, c’est de consommer moins, mais mieux en particulier dans le vin.

Vous poursuivez un (des) but(s) un peu différent(s) des producteurs traditionnels, pouvez-vous nous préciser lesquels ?

Nous avons tout d’abord le but de promouvoir l’agriculture durable et de promouvoir une manière de consommer différente. Ensuite nous voulons montrer qu’un business peut être bienveillant et qu’on peut constamment tirer les prix vers le bas. Nous souhaitons aussi tisser des relations commerciales plus riches. En outre, on veut tirer l’écosystème vers le haut. C’est d’ailleurs ce qu’on fait avec la consigne, qui est un enjeu d’écosystème. Tout cela c’est une nouvelle manière de faire du business qui se reflète dans le B Corp et dans cette volonté qu’on a de répondre aux enjeux de la société.”

Vous avez décidé de réintroduire la consigne de bouteilles. C’est donc un retour aux sources car la pratique a pris fin dans les années 70. D’où vous est venue l’idée et comment çela fonctionne ?

L’idée de la consigne nous titillait depuis plusieurs mois pour avoir plus d’impact environnemental. Pourtant tout le monde nous disait que la consigne dans le domaine du vin était impossible à mettre en place. Mais impossible n’est pas Oé, et c’est chose faite. On est devenu la première marque de vins à remettre en place ce système. Le fonctionnement est simple : le commerçant stocke les bouteilles vides dans des casiers. Quand plusieurs casiers sont pleins, il fait appel à une société partenaire spécialisée dans le nettoyage des bouteilles qui nous les revend ensuite. Certes, une bouteille lavée coûte deux à trois fois plus cher qu’une bouteille neuve, mais une bouteille en verre peut-être lavée et réemployée jusqu’à 50 fois, ce qui permet d’économiser 33 % d’eau par rapport à une nouvelle bouteille fabriquée, d’économiser 76 % d’énergie et de produire 79% de gaz à effet de serre en moins.”

Vous avez récemment reçu le Prix de l’innovation environnementale 2021. Quels sont vos prochains objectifs ?

De continuer le développement de la consigne et de travailler sur une “supply chain” totalement zéro déchet. L’idée est de réduire les cartons, les scotchs, et les encres au maximum. L’autre enjeu est d’aider nos vignerons pour qu’ils puissent travailler dans le respect de la biodiversité.”

Pour en savoir plus : oeforgood.com