#RespecteTaCuisine : un collectif lancé contre les violences en cuisine

Un collectif pour lutter contre les violences sexiste et sexuelles dans les cuisine des professionnels

En décembre dernier, la dirigeante d’une entreprise qui fournit des produits de bouche aux restaurateurs, Florence Châtelet Sanchez, a déposé plainte contre le chef étoilé Guy Martin pour viol. Des faits qui auraient eu lieu en février 2015 lors d’un rendez-vous professionnel au Grand Véfour (Paris Ier), et pour lesquels il reste présumé innocent. Aujourd’hui elle poursuit son combat contre les violences sexuelles et sexiste dans la restauration avec le collectif #RespecteTaCuisine. Rencontre. 

Pourquoi ce collectif ? 

J’ai créé ce collectif car moi-même en tant que victime, j’ai déposé plainte contre Guy Martin, le chef étoilé, le 27 novembre. Lorsque j’ai voulu porter plainte, je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune structure autour de moi pour m’aider, ou m’aiguiller. Ayant un tempérament qui transforme la souffrance en quelque chose de positif, et de constructif, je trouvais que juste dénoncer ça ne me suffisait pas. Le fait qu’il n’y ait eu aucun acte, ni prise de parole publique d’acteurs ou de chefs étoilés sur le sujet m’a rendu folle et c’est à ce moment où je me suis dit, il y a des choses à construire.

Comment des personnes qui ne sont pas lié à la cuisine, en sont-elles arrivé à vous soutenir ? 

“Pour moi, c’est important d’avoir cette mixité au sein du collectif pour apporter des solutions spécifiques. Le mouvement féministe a avancé depuis plusieurs années dans d’autres secteurs de la société, l’idée est d’acquérir le retour d’expérience de ces féministes, de ces gens engagés pour l’association. Moi je ne sais pas tout, il n’y a rien qui existe, même pas des formations en école de cuisine donc il a fallu chercher ces savoirs, ces expertises en dehors du monde de la cuisine. “

Comment se fait-il que le triple étoilé champenois Arnaud Lallement se soit engagé à vos côtés ?

“Arnaud Lallement fait partie des parrains de l’association, il constitue une des figures exemplaires. Il est là pour montrer qu’on peut avoir 3 étoiles Michelin et appliquer les bonnes pratiques. C’est également pour montrer qu’on peut arriver à l’expérience culinaire sans passer par l’humiliation et la violence, aujourd’hui les chefs ne sont pas convaincus de cela.”  

Pourquoi les hommes sont aussi concernés par ce combat et comment peuvent-ils s’engager ? 

“Ils peuvent appeler l’association et dire qu’ils souhaitent participer à une formation avec leur personnel de cuisine, ça fait partie du volet 3, c’est-à-dire le volet formation que nous proposons. Ils peuvent aussi sur la base du volontariat faire l’objet d’un audit et travailler pour obtenir ce label, qui va permettre comme pour l’étoile Michelin de certifier que des chefs ont fait un travail de suivi et de formation pour appliquer les bonnes pratiques dans leur cuisine. Je pense que c’est important parce que ça permet de travailler sur les problèmes de fond.” 

Pourriez-vous nous donner des précisions sur les modalités de la helpline disponible via votre site internet ? 

“La “helpline” est accessible par téléphone, elle offrira une écoute, un soutien et une orientation dans le domaine des violences en cuisine, avec des conseils juridiques aux victimes. Tout cela va se mettre en place dès avril/mai, normalement, mais il faut avant tout former le cercle. Ce seront des bénévoles du monde de la cuisine, des chefs, des commis, tous les gens qui vont vouloir donner de leur temps. Ils seront formés par des psychologues qui vont leur apprendre à répondre à des personnes qui sont en situation de stress.”

La violence en cuisine est loin d’être un mythe… Les jeunes apprentis ne sont pas sensibilisés sur les violences sexistes et sexuelles en cuisine. Comment comptez-vous les sensibiliser et surtout comment choisissez-vous les lieux d’interventions ? 

“Nous souhaitons aller dans les écoles pour donner des conférences et des cours gratuits. La gratuité est une chose importante, pour qu’il n’y ait pas de frein. Quant aux lieux, nous n’allons pas les choisir, nous allons tout simplement appeler toutes les écoles de cuisine et voir celles qui vont jouer le jeu.”


Infos pratique : https://www.respectetacuisine.com/